Dans une étude de marché, l’IA est utile pour cadrer, concevoir, pré-tester et analyser ; elle ne remplace ni la mesure ni la représentativité.
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Faire une étude de marché avec l’IA : ce qui tient, ce qui ne tient pas

L’IA fait aujourd’hui quatre choses très bien dans une étude de marché, et deux choses pas du tout. Savoir lesquelles évite de prendre une note de synthèse pour une mesure.

Études de marchéIntelligence artificielleMéthode

On peut aujourd’hui confier une bonne partie d’une étude de marché à l’intelligence artificielle, mais on ne peut pas en produire une entière à partir d’un prompt. Entre les deux passe une frontière assez nette, et elle ne se trouve pas là où les démonstrations la placent : elle sépare les étapes où l’on raisonne de la seule étape où l’on mesure.

Quatre étapes où l’IA fait vraiment gagner du temps

Il ne s’agit pas de promesses, mais d’usages installés, que des équipes sérieuses pratiquent déjà tous les jours.

  1. Cadrer et défricher. Retrouver ce qui existe déjà, résumer un marché, recenser les acteurs, rassembler ce que l’entreprise a elle-même produit et qui dort au fond de vieux rapports. C’est l’usage le plus mûr et le moins risqué, puisqu’on peut toujours remonter à la source.
  2. Concevoir le questionnaire. Proposer des formulations, repérer les questions à double sens, les échelles mal construites, les items qui soufflent leur réponse. Un bon relecteur automatique épargne une relecture humaine, ce qui n’est pas rien quand le questionnaire circule entre quatre personnes.
  3. Pré-tester avant le terrain. Faire réagir des profils simulés à un questionnaire ou à un concept, pour repérer ce qui coince avant d’engager les frais d’un vrai terrain. On cherche alors des problèmes et non des résultats, et la nuance est capitale.
  4. Analyser et restituer. Trier des milliers de verbatims, faire émerger des thèmes, préparer une première lecture. L’interprétation reste humaine, mais elle ne part plus de la page blanche.
L’IA accélère tout ce qui entoure la mesure, mais elle ne mesure pas.

Les deux choses qu’elle ne remplace pas

La mesure elle-même. Si vous voulez savoir combien de personnes préfèrent A à B, il faut le demander à des personnes. Un modèle qui produit des réponses ne constate aucune opinion : il en fabrique une version vraisemblable à partir de ce qu’il a déjà lu. C’est précieux pour explorer, insuffisant pour trancher. Nous avons détaillé cette frontière dans « Données synthétiques et sondages ».

La représentativité. C’est le point le plus mal compris. Un modèle interrogé mille fois ne produit pas mille personnes différentes, mais mille variantes d’une même façon de répondre. Nous l’avons mesuré sur notre propre moteur : à l’intérieur d’un même groupe, nos répondants simulés se contredisaient environ trois fois moins que des répondants réels. Une étude bâtie là-dessus affichera des majorités trop franches et des écarts trop nets. Le détail se trouve dans notre article sur la sous-dispersion (en anglais).

Se méfier de l’étude de marché « gratuite en trois minutes »

Beaucoup d’outils promettent une étude de marché complète en quelques minutes. Ils rendent un document qui en a la forme : des chapitres, des pourcentages, des profils de clients, une conclusion. Le problème n’est pas qu’ils soient mauvais, car la synthèse de marché est souvent correcte. Il est qu’à la lecture du document rendu, rien ne permet de distinguer ce qui provient d’une source vérifiable de ce que le modèle a simplement jugé vraisemblable.

Il existe pourtant un test simple, et il ne coûte rien : prenez trois chiffres au hasard dans le rapport et demandez d’où ils sortent. Si aucune source nommée et datée n’apparaît derrière chacun, vous ne tenez pas une étude mais une note de synthèse bien écrite. Ce qui peut très bien suffire, à condition de savoir que c’est ce que vous avez entre les mains.

Comment s’y prendre, concrètement

Si vous devez organiser une étude aujourd’hui en tirant le meilleur de l’IA sans vous raconter d’histoires, quatre principes suffisent.

  • Commencez par ce que vous savez déjà. Exploitez vos propres études passées avant d’aller chercher à l’extérieur : c’est là que l’IA rapporte le plus et risque le moins.
  • Écrivez la décision avant la question. Demandez-vous quel arbitrage cette étude doit permettre. Une étude qui ne change aucune décision n’a pas besoin d’être précise ; celle qui en change une ne peut pas se contenter de plausible.
  • Servez-vous de la simulation pour éliminer, pas pour conclure. Ramener douze concepts à trois est un excellent usage. Départager les trois finalistes demande de vrais répondants.
  • Gardez la mesure pour ce qui engage. Mettez le budget là où la décision sera irréversible, plutôt que là où elle est confortable.

Si vous achetez une solution, trois questions

Elles valent pour n’importe quel prestataire, nous compris.

  • Sur quelles données réelles ce système a-t-il été calibré, et pour quel pays ? Une calibration américaine ne dit rien du marché français.
  • Puis-je obtenir les réponses individuelles ? Sans elles, impossible de vérifier si les répondants simulés se contredisent autant que de vraies personnes.
  • Qu’avez-vous publié à votre propre désavantage ? Un fournisseur qui n’a jamais rien publié de gênant sur son travail ne s’est sans doute jamais mesuré sérieusement. C’est d’ailleurs la raison d’être des vingt questions de l’ESOMAR, auxquelles nos réponses complètes sont publiées.

La bonne question n’est donc pas de savoir si l’on peut faire une étude de marché avec l’IA, mais quelle part de cette étude on est en train de confier à une hypothèse, et si l’on se donne les moyens de la vérifier. Posée ainsi, elle trouve presque toujours une réponse utilisable — et elle indique du même coup les endroits où il ne faut pas économiser.

Method over Magic.

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