Réserver 30 minutes
Pub Intermarché « Ces dimanches-là » : le pré-test avant la diffusion, la réception du public après.
Publié leFR

Pré-test ou réception du public : que nous apprend la pub Intermarché « Ces dimanches-là » ?

Six jours après la sortie du film, nous l’avons pré-testé sur storyboard auprès de vingt personas synthétiques. Six jours plus tard, QualiQuanti publiait sa lecture du film fini et de ses commentaires YouTube. Ce que chaque méthode voit, et pourquoi elles s’enchaînent.

Pré-test publicitaireMéthodeIntermarché

« Ces dimanches-là », le film d’Intermarché pour sa gamme Terroirs, est sorti le 4 octobre : un repas de famille des années 1970, raconté en 85 secondes. Le 10 octobre, nous l’avons remis au stade du storyboard et montré à vingt personas synthétiques, comme on l’aurait fait avant le tournage. Le 16 octobre, QualiQuanti publiait un diagnostic du film fini, appuyé sur 959 commentaires YouTube. Le même film, lu deux fois, par deux méthodes, à deux moments : l’occasion de voir ce que chacune apporte.

Le film tel que publié par Intermarché sur YouTube. Il ne se charge qu’au clic.

Deux méthodes, deux moments

Les deux lectures ne partent ni du même matériel ni des mêmes personnes.

Notre pré-testLe diagnostic de QualiQuanti
MomentComme avant le tournage : des personas sans accès à l’actualitéAprès onze jours de diffusion
MatérielStoryboard de 23 images et script, sans le sonLe film fini, découpé plan par plan
Qui s’exprime20 personas synthétiques, clients d’Intermarché ou nonLes internautes : 959 commentaires YouTube de premier niveau, sur 1 755
MéthodeEntretiens individuels, avec relancesCodage des commentaires et lecture sémiologique et narratologique du film

Les chiffres ne se comparent donc pas : vingt entretiens d’un côté, près d’un millier de commentaires de l’autre. Ce qui se compare, ce sont les thèmes. Le détail de notre test est dans le cas Intermarché Terroirs, et le diagnostic de QualiQuanti est en ligne. Daniel Bô, son fondateur, l’a partagé en invitant à comparer les apports des deux approches : c’est l’objet de cet article.

Notre pré-test a été mené de notre propre initiative, sans lien avec Intermarché ni avec ses agences.

Là où les deux lectures se rejoignent

Sur l’essentiel, le pré-test et le public disent la même chose.

Ce qu’on observeDans les 20 entretiensDans les commentaires
L’émotionElle touche les vingt, et presque tous y retrouvent leurs propres repas de familleUne adhésion très large, où beaucoup racontent leurs propres souvenirs
Le rôti ratéCité dans les vingt entretiensLa seule réplique que les internautes citent de mémoire
La gamme TerroirsDouze demandent à voir un emballage ou une étiquette de la gamme pendant le repas2,6 % des commentaires nomment Terroirs
La finSept trouvent abrupt le passage du repas aux produits emballésQuelques internautes demandent quel rapport il y a entre le film et les produits sous plastique
La signatureLue comme « des valeurs sûres » ; deux personas la trouvent un peu abstraiteElle ne désigne pas son objet : chacun la remplit à sa façon
L’image du passéCinq parlent de cliché ou d’image d’ÉpinalUn débat entre souvenir vrai et nostalgie « fantasmée »

Deux voix résument ce qui se joue à la fin du film :

« Est-ce qu’on parle du mariage qui change la vie ? Ou du monde qui change ? »
Persona synthétique · entretien individuel, à propos de la signature
« Le passage du film très chaleureux […] aux cartons blancs très sobres à la fin est un peu brutal. Ça casse un peu le rêve. »
Persona synthétique · entretien individuel

Autrement dit, un storyboard suffisait à voir que l’émotion passerait et que le lien entre le repas et la gamme restait à construire. Le public l’a confirmé après coup.

Ce que les entretiens apportent en plus

Le temps de corriger

Tout ce que les personas signalent se règle encore au stade du storyboard : un produit de la gamme posé sur la table, une signature qui dit ce qui reste, une marque qui arrive plus tôt. Une fois le film diffusé, les mêmes constats servent surtout aux films suivants.

Des profils absents des commentaires

Nos vingt personas ont été recrutés selon leur enseigne principale et leur relation à Intermarché : clients réguliers, occasionnels ou sans achat récent. En entretien, dès qu’on se projette en magasin, le prix revient : près de la moitié s’inquiètent de ce que coûtera la gamme. Sous une vidéo, on en parle peu (moins de 2 % des commentaires), même si QualiQuanti recommande lui aussi de traiter le prix.

« Ok, c’est super joli, mais les produits Terroirs, ils coûtent combien ? »
Persona synthétique · entretien individuel

Le pourquoi de chacun

QualiQuanti explique ce que le film produit. Un entretien permet en plus de demander à chacun pourquoi il réagit ainsi, et fait apparaître des nuances individuelles. Le rôti raté, par exemple, est l’accroche que tout le monde retient, et QualiQuanti recommande de l’exploiter. Un persona y voit aussi un risque :

« J’espère que ça ne donne pas l’idée que les produits Terroirs sont difficiles à cuisiner ! »
Persona synthétique, entretien individuel

Une déclinaison construite autour du rôti gagnerait à en tenir compte.

Plusieurs versions en quelques heures

Le diagnostic de QualiQuanti se termine sur six hypothèses à tester, dont une signature plus précise et une fin plus chaleureuse, avec des produits cuisinés. Il prévoit pour cela des tests auprès de vraies personnes. Un pré-test synthétique peut les dégrossir en amont : deux signatures ou deux fins se comparent en quelques heures, sur la même cible, avant de vérifier la meilleure auprès du public. Aller vite sert ici à arriver à la décision avec les bonnes options.

Ce que la diffusion a révélé

Trois choses ne sont pas ressorties de nos vingt entretiens.

Ce qui manque à l’écran

Environ 70 commentaires relèvent l’absence de vin et de cigarettes ; quelques autres, celle des jeunes enfants. Une absence se remarque en regardant le film. Nos personas ont relevé l’absence des produits à table, pas celle du vin ni des cigarettes, qu’un storyboard lu image par image laisse passer.

La lecture collective

Près d’un quart des commentaires lisent le film comme un discours sur la France, « la vraie France », « la France d’avant », et une partie le fait en termes ouvertement politiques. La polémique, partie d’un casting jugé homogène, a gagné la presse dès les premiers jours. Nos personas n’en gardent que la racine, quand ils parlent d’« un monde qui va toujours trop vite » ou d’une enseigne qui « défend une certaine idée de la France ». Le basculement, lui, se construit à plusieurs : les médias, les réponses, les « j’aime ». Un entretien individuel, sans accès à l’actualité, ne le produit pas.

Le son et les références

Selon QualiQuanti, le pastiche revendiqué du cinéma de Claude Sautet et la musique de François de Roubaix font une bonne part du prestige du film. Nos personas parlent de « cinéma » et de « film français », sans nommer la référence : un storyboard sans le son n’en transmet presque rien. Quand le film existe, le pré-test peut porter sur le film terminé, que nos personas voient et entendent en entier.

Comment les enchaîner

Les deux méthodes ne s’opposent pas, elles se suivent.

  1. Avant le tournage, le pré-test publicitaire avec des personas synthétiques, sur storyboard ou animatique et en plusieurs versions : on corrige ce qui peut encore l’être.
  2. Pendant la diffusion, l’écoute du public : on voit ce que les gens font du film, et les lectures qu’on n’avait pas prévues.
  3. Pour la suite, les hypothèses de l’écoute passent d’abord en pré-test synthétique, en quelques heures, puis se vérifient auprès de vraies personnes quand la décision le demande.

Une leçon pour le guide d’entretien, enfin. Le nôtre portait sur la marque, la gamme et l’envie d’aller en magasin. Deux questions ont leur place dans tout pré-test d’un film qui met en scène une époque ou une communauté : « Qu’est-ce qui vous paraît vrai, ou faux, dans cette scène ? » et « À qui ce film parle-t-il, et qui laisse-t-il de côté ? »

Le pré-test dit, avant de dépenser, ce qu’un film fait comprendre et ressentir, et pourquoi. Le public dit, après, ce qu’il en fait. Sur « Ces dimanches-là », le premier avait vu que l’émotion passerait et que le lien entre le repas et la gamme restait à construire ; le second a montré jusqu’où le film pouvait être emporté. Ensemble, ils donnent une lecture complète.

Questions fréquentes

Un pré-test aurait-il vu venir la polémique autour de la pub Intermarché ?

Pas la polémique elle-même : elle s’est construite avec la diffusion, dans la presse et sur les réseaux, par entraînement. Nos vingt personas synthétiques, interrogés un par un, ont en revanche relevé une image jugée trop idéale par une minorité et, pour deux d’entre eux, une signature un peu abstraite, qui ne dit pas ce qui change.

Quelle différence entre un pré-test et un post-test publicitaire ?

Le pré-test a lieu avant la diffusion, sur un storyboard, une animatique ou un film terminé : il sert à corriger. Le post-test a lieu après : il mesure ce que la campagne a produit auprès du public. L’écoute des commentaires en ligne en est une forme rapide, qui renseigne sur la réception sans être représentative.

Que vaut l’analyse des commentaires YouTube d’une publicité ?

Elle montre ce que le public spontané fait d’un film : ses émotions, ses lectures, ses débats. Ceux qui commentent ne représentent pas tous les Français, ce que QualiQuanti précise lui-même dans son diagnostic. Elle sert à formuler des hypothèses, que l’on vérifie ensuite.

Pourquoi combiner personas synthétiques et réception réelle ?

Parce qu’ils ne voient pas la même chose. Les personas donnent, avant le tournage, le pourquoi des réactions, y compris pour des profils qui ne commentent pas. Le public réel révèle ce que nos entretiens sur storyboard n’ont pas produit : les lectures collectives et les absences qu’on remarque en voyant le film. Les hypothèses de l’un se testent avec l’autre.